Amélie Bonnin réussit, avec son premier long métrage, une chronique familiale réaliste et rêveuse, nostalgique et attachante. Partir un jour est un film détonnant dans le cinéma actuel : pas de violence sociale, pas d’âpreté, pas de rudesse sordide, la tonalité que choisit la réalisatrice est celle de la sincérité de vies certes pas faciles mais toujours ancrées dans la tendresse, l’amour et l’amitié.
Cécile (future cheffe étoilée) revient dans son village natal où ses parents (François Rollin et Dominique Blanc, terriblement bons) tiennent un restaurant pour routiers. Là où d’autres réalisateurs auraient choisi le prisme de la lutte des classes comme lieu de mise en scène, Amélie Bonnin choisit plutôt les liens subtils et inaltérables qu’entretiennent ensemble les personnages. Il y a cette fille (jouée par Juliette Armanet, plus Anne Sylvestre que jamais), par le visage de qui se reflètent toutes les vulnérabilités, et son père (François Rollin) qui vient d’avoir un infarctus mais ne veut pas lâcher le restaurant. Il y a leurs disputes de façade, leurs amours authentiques en profondeur, il y a les liens qui se ent de mots et se filment sur les corps, voix et visages de Dominique Blanc et Rollin pour figurer ces couples qui n’en finissent pas de se chamailler et n’en finissent pas de se déclarer – même après quarante ans de vie commune – leurs amours.
De même, dans ce retour vers le é, Cécile réapprivoise ses amis de lycée et amours de jeunesse (Bastien Bouillon, généreux en diable), et là aussi on sent bien que c’est le vrai sujet du film : l’irréductibilité des attachements lorsqu’ils sont vrais, la pérennité des liens, des serments. Rien ne e même si tout change. Rien ne change lorsqu’on s’est une fois promis quelque chose.
La beauté de Partir un jour est dans ces détails invisibles, ces sensibilités présentes, ces émotions intactes, ces doutes et fragilités qui font nos choix, ces rêves qui perdurent sans qu’ils soient forcément arrachés au destin ou à quelque résistance du réel.
Le film d’Amélie Bonnin est à la fois éiste pour ce regard tout en tendresse vers un é intemporel, et avant-gardiste par sa volonté de garder un cap autre, pas forcément à hauteur d’époque mais plutôt à hauteur des hypersensibles et de la joie des émus.
« Pour un rêve qui nous étonne »
Les scènes de Partir un jour sont ponctuées de chansons populaires, celles de Dalida, de Claude François, de Stromae, des 2Be3, de tous ceux qui traversent nos existences dans les moindres gestes et qui hantent notre mémoire. Certes, Christophe Honoré l’a déjà fait, et d’autres avant. Qu’importe. Il y a ici, dans le geste de cinéma d’Amélie Bonnin, une candeur du recommencement, un inédit du goût retrouvé.
Alors bien sûr, on pourrait attendre plus de mise en scène, plus d’audace cinématographique, de fougue, de tension, de virulence ou de trépidation, mais ce ne serait pas Partir un jour, une partition intime et radicalement tendre, mélancolique et intimiste, où le cinéma regarde la vie s’inscrire et s’immobiliser, où l’on peut venir fumer dans sa voiture (comme Dominique Blanc) pour s’imaginer revenir à Venise, bouger sans bouger, partir sans partir.
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